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Protection des aires de captage d’eau potable : les solutions n’ont pas coulé de source à l’Assemblée nationale

Le débat du 12 février 2026 a mis en lumière des divergences profondes sur la méthode et l’ambition législative des députés concernant la protection des aires d’alimentation des captages : les écologistes demandaient une loi plus stricte contre les intrants agricoles, tandis que une grande partie de la droite et une partie de la majorité ont plaidé pour des solutions plus ciblées, flexibles et territorialisées. Au final, la proposition de loi a été retirée en séance après plusieurs heures de discussions, faute d’accord sur sa forme et son contenu. Le consensus n’a pas coulé de source et les amendements ont noyé le débat!

Le jeudi 12 février 2026, l’Assemblée nationale a consacré une partie importante de ses débats à la question de la protection des aires d’alimentation des captages d’eau potable, un sujet devenu central face à la dégradation croissante des ressources en eau en France.

Un texte très attendu mais retiré en séance

La journée parlementaire avait été annoncée comme l’occasion d’examiner en séance une proposition de loi visant à renforcer la protection de la qualité de l’eau potable, portée par le groupe Écologiste et Social et déjà examinée et adoptée en commission avant la séance.

Cependant, lors du débat en hémicycle, le texte a finalement été retiré avant adoption. Une forte mobilisation autour de l’enjeu a pu être constatée, mais avec des désaccords profonds sur les moyens et les dispositions à mettre en œuvre.

Les objectifs du texte

La proposition de loi visait à systématiser la délimitation des aires d’alimentation des captages prioritaires, à définir des programmes d’actions obligatoires dans ces zones et à instaurer des interdictions ciblées de certains pesticides et engrais azotés à l’intérieur de ces périmètres, entrées en vigueur envisagées dès 2030.

Aux yeux de ses défenseurs, le texte répondait à une urgence sanitaire et environnementale : des milliers de captages ont été abandonnés ces dernières décennies en raison de pollutions, notamment aux pesticides et nitrates.

Interventions et clivages politiques

Lors des échanges, plusieurs députés ont souligné la nécessité d’aller beaucoup plus loin que la simple surveillance des polluants. Certains ont pointé du doigt les lenteurs administratives, notamment l’absence de publication d’arrêtés pour définir précisément les points de prélèvement sensibles, ce qui, selon eux, affaiblit la capacité à protéger efficacement les captages.

Des députés de la majorité et de l’opposition ont aussi débattu de la relation entre protection de l’eau et agriculture, certains appelant à un encadrement plus strict des usages des produits phytosanitaires dans les zones sensibles, d’autres plaidant pour une meilleure coordination avec les acteurs agricoles avant toute contrainte législative.

Réactions extérieures et pression citoyenne

À l’extérieur de l’hémicycle, organisations environnementales et associations ont rappelé l’importance de ce débat, dénonçant ce qu’elles estiment être un manque d’ambition et appelant à des mesures plus robustes pour garantir une eau potable saine pour tous.

En amont de la discussion, des mobilisations citoyennes ont également eu lieu autour de la question des pesticides dans l’eau potable, ce qui a contribué à mettre la thématique au centre de l’actualité politique de la semaine précédente.

Un enjeu persistant pour l’avenir législatif

Même si le texte n’a pas été adopté en séance le 12 février, le débat a mis en lumière l’ampleur des attentes de députés, d’associations et de citoyens autour de la qualité de l’eau potable. La question de la protection des captages et de leurs aires d’alimentation reste un chantier important qui pourrait revenir dans les prochains mois au Parlement, en lien avec les discussions environnementales plus larges.

Arguments des députés écologistes et de gauche

  1. Urgence sanitaire et environnementale
  • Les députés écologistes ont insisté sur le besoin de mesures fortes et ambitieuses pour protéger l’eau potable, face à la pollution croissante par les pesticides et les engrais azotés et à l’érosion du nombre de captages utilisables.
  • Ils ont souligné que le texte visait à interdire l’usage de certains pesticides et engrais dans les aires d’alimentation des captages prioritaires à l’horizon 2030, afin de prévenir des contaminations qui mettent en péril la santé publique.
  1. Insuffisance du cadre actuel
  • Selon leurs interventions, les dispositifs existants ne suffisent pas : trop peu de périmètres sont délimités, les plans d’action sont souvent volontaires et fragiles, et les résultats sur la qualité de l’eau restent insuffisants.
  • Ils ont également pointé l’échec global de la protection des ressources face aux pollutions diffuses (comme les pesticides), tel que dressé par plusieurs inspections ministérielles en 2024.
  1. Principe de précaution et cohérence législative
  • Les promoteurs du texte ont mis en avant le principe de précaution : protéger la santé publique en agissant sur les causes plutôt que de se contenter de traiter les eaux contaminées après coup.
  • Certains députés ont défendu l’idée d’une loi nationale cohérente, plutôt que d’une protection fragmentée captage par captage.

Arguments des députés de la majorité (LR, Droite républicaine, RN, parties du centre)

Approche territorialisée préférée

  • Plusieurs députés ont critiqué la proposition comme trop rigide et uniforme, estimant qu’elle ne tient pas compte des réalités locales et des différences entre captages : seuls quelques milliers sur des dizaines de milliers dépassent aujourd’hui certains seuils de pollution.

Risque pour l’agriculture

  • Une part importante de l’opposition a avancé que des interdictions générales pourraient porter préjudice aux agriculteurs, en réduisant leur productivité sans preuve que cela améliorerait significativement la qualité de l’eau dans tous les cas.

Écologie punitive et méthode inadaptée

  • Certains orateurs ont qualifié le texte de « logique d’écologie punitive », s’opposant à des mesures imposées sans suffisamment de concertation avec les acteurs locaux.
  • Ils ont aussi rappelé que des dispositifs existants permettent déjà de protéger la ressource et que l’on devrait davantage améliorer et appliquer ces outils plutôt que d’imposer de nouvelles règles lourdes.

Blocage et stratégie parlementaire

  • Le débat s’est en partie transformé en bataille procédurale : Rassemblement national et Républicains ont déposé des centaines d’amendements, ce qui, selon les écologistes, a contribué à « obstruer » l’examen du texte.

Position du gouvernement et des modérés

  1. Objectif partagé, méthode différente
  • Le gouvernement a affirmé partager l’objectif de garantir une eau potable de qualité, mais a mis l’accent sur une politique fondée sur des éléments scientifiques et une prévention graduée plutôt que des interdictions catégoriques.
  1. Soutien à des compromis
  • Le ministre délégué à la Transition écologique a soutenu des amendements visant à restreindre l’application aux points de prélèvements sensibles, une version qui correspond davantage au droit existant, plutôt qu’à un texte plus ambitieux.

Points transversaux et consensus implicite constatés

Santé publique et qualité de l’eau: tous les députés ont affirmé l’importance de protéger l’eau potable – même si leurs approches divergent sur les moyens.

Nécessité de dialogue avec les acteurs locaux: plainte récurrente, la loi doit mieux intégrer les intérêts et contraintes des collectivités, des agriculteurs et des usagers.

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